« Parmi tous ces médiums,
Le mur est sans doute le plus riche
en « images latentes »,
En métaphores visuelles. »
Brassaї, Graffiti, 1961.
Du centre-ville de Valparaiso, vous ne verrez ici que des murs... rien que des murs.Des centaines de pans de murs capturés dans les rues du « plano », la ville basse, entre le port et les cerros. Des journées entières à fixer ces « images latentes », ces « métaphores visuelles » évoquées par Brassai. De quoi parlent-elles ? Que racontent leurs zébrures, leurs fissures, leurs craquelures de couleurs ?
Le mur est un palimpseste, un parchemin, ou encore un rébus que le temps se serait amusé à composer. Un manuscrit dont on aurait fait disparaître les lettres, les inscriptions, les dates. Un poème toujours inachevé, un cadavre exquis sur la nostalgie du temps qui passe.
On y voit aussi une cartographie nouvelle. Ici, un pays abandonné dont les frontières auraient été brouillées par l’histoire, piétinées par le passé. Ailleurs, la violence rouge-sang, des nuages de cendres qui planent, c’est la tragédie d’un territoire. Là, c’est un océan, une mer enragée, hurlante, griffée de vagues, écorchée par l’écume.
La série «pasaparedes» explore la nature poétique et organique des murs. Révélés par l'acte photographique, découverts par le cadre de la photo, il s’agit ici d’un hommage à la « matière-mur », à sa nature, sa rugosité, ses aspérités. Le mur vit comme une écorce d’arbre, comme l'eau d’un fleuve. Le mur a un visage. Regardez les rides du temps qui passe. Le mur est enfin un miroir, ou se reflète l'histoire de l'homme.
Texte : Lucile de Calan
« Descendant le long de la côte jusqu’à l’une des extrémités des terres, je retrouve au large les présents immortels que personne ne mérita et devant qui les civilisations mêmes ne semblent durer qu’un jour : la mer, le vent froid du pôle et cette fixe constellation écartelée en sautoir sur le plus vaste ciel. […] Contrée toute d’espace et d’appel qui compose sur le sol un site comme il faudrait avoir l’âme…» Roger Caillois, Patagonie
Les portes sont closes ou grillagées. Personne aux fenêtres, elles aussi barricadées, condamnées. Les rideaux ont été tirés. Au dehors un banc vide, un terrain de foot fantôme.
« La mer et le vent froid du pôle » auraient donc tout emporté ? Il n’y a plus que la pluie, incessante, l’humidité suintante, la brume qui réconcilie ce bout de plaine, cette pointe neigeuse ou ce bras de mer.
Les photos racontent d’abord l’abandon. On n’emprunte plus ce chemin ni cet escalier, on a laissé là ses vêtements. Le photographe saisit l’absence et l’espace dépeuplé. L’impression d’une désertion. Les hommes ont quitté leurs baraquements, seules traces de leur présence, quelques bidons d’essence, de la ferraille, des plaques de tôles, des bouts de bois.
Eden c’est l’histoire d’un des lieux les plus isolés du Chili et de son peuple de disparus. On devine à l’avers de ces images la fuite ou la mort des derniers indiens, de ces nomades de la mer qui ont habité les récits de l’ethnologue José Emperaire, ceux de Jean Raspail ou de Patricio Guzman.
Mais si l’homme a déserté, la nature occupe une place nouvelle. Alors, le cadre serré des images s’ouvre : les couleurs des fleurs, des fougères et des lianes, malgré la solitude ressentie, redonnent confiance. C’est la végétation qui parait garder la mémoire du peuple des pêcheurs, porter la voix oubliée des Anakalufs.
C’est ainsi pour terminer qu’on s’interrogera peut-être avec Roger Callois « L’homme saura (-t-il) mettre bon ordre au moment voulu au désarroi qu’il a lui-même créé » ?
Texte : Lucile de Calan
01 - 2016
MYRIAM BOUAGAL GALERIE - PARIS, FRANCE
05 - 2017
MYRIAM BOUAGAL GALERIE - PARIS, FRANCE
La série AISLADO présente des lieux désertés par la vie. La rouille et la dégradation portent les stigmates du temps, soulignant l’absence de l’homme, qui lui seul peut entretenir l’illusion que le monde qu’il a crée est maintenu debout. Les hommes sont allés au bout du monde pour bâtir. Leur propagation s’abat sur les territoires comme une vague sur la plage. Quand le phénomène se rétracte, la mer se retire, laissant derrière elle sa trace.
Dans cet univers proche d’un monde post-apocalyptique, le photographe saisit des contradictions. L’absence de vie de ces espaces contraste avec les fenêtres présentes dans chaque photographie qui induisent une vie intérieur, passé ou présente. Ces fenêtres créent aussi une ouverture en opposition avec le cadre serré de la photographie qui emprisonne les habitats et casse toute possibilité de perspective.
Cette série introduit une mise en abyme de l’appareil photographique. L’habitat est vu comme une chambre photographique ou la fenêtre est une entrée de lumière qui fige un paysage, un décor. Ces photographies seraient deux appareils qui se regardent. Le contre champ serait le photographe accompagné de son appareil, posé au milieu des grands espaces.
06 - 2015
LA VELA - VALPARAISO - CHILE
LE QUARTIER DE MARINS D’UN PORT MYTHIQUE DU CHILI, LES BARAQUEMENTS DE PUNTA ARENAS, EN PATAGONIE CHILIENNE.
CETTE EXPOSITION EST UN CLIN D’OEIL AUX FILS ET FILLES DE MARIN REVENANT PHOTOGRAPHIER LES FACADES DE LEURS MAISONS D’ENFANCE, DANS CE QUARTIER EN REALITE TENU ET ENTRETENU PAR LEURS FEMMES. CAR CETTE RICHESSE MECONUE DU PATRIMOINE CULTUREL DE PUNTA ARENAS A SU CONSERVER SON AUTHENTICITE AU FIL DU TEMPS.
DANS UNE NUANCE DE BLANCS ET DE ROUGES, LES FACADES SONT GEOMETRISEES, A TRAVERS DES COMPOSITIONS SPATIALES AUX LIGNES HORIZENTALES FORTES METTANT EN VALEUR LA COHESION ARCHITECTURALE. DANS LES PHOTOGRAPHIES, L’ŒIL CAPTURE CES COMPOSITIONS GEOMOETRISEES, CADRANT SUR UN HABITAT QUI REVELE PAR TOUCHES TENUES LA VIE QU’IL ENFERME.
MARINEROS EN BLANCO Y ROJO
EL BARRIO DE MARINEROS DE UN PUERTO MÍTICO DE CHILE, LAS BARRACAS DE PUNTA ARENAS.
ESTA EXPOSICIÓN ES UN GUIÑO A LOS HIJOS E HIJAS DE MARINEROS QUE VUELVEN A FOTOGRAFIAR LAS FACHADAS DE SU NIÑEZ, EN ESTE BARRIO PUERTO EN REALIDAD LLEVADO Y CUIDADO POR SUS MUJERES. ESTA RIQUEZA CULTURAL DESCONOCIDA DEL PATRIMONIO DE PUNTA ARENAS SUPÓ CONSERVAR SU AUTENTICIDAD A LO LARGO DEL TIEMPO.
EN UN MATIZ DE BLANCO Y ROJO, LAS FACHADAS SON GEOMETRIZADAS A TRAVÈS DE COMPOSICIONES ESPACIALES DE LINEAS HORIZONTALES FUERTES, PONIENDO EN VALOR LA COHESIÓN ARQUITECTURAL. EN LAS FOTOGRAFIAS, EL OJO CAPTURA ESAS COMPOSICIONES GEOMETRIZADAS, CUADRANDO SOBRE UN HÁBITAT QUE REVELA POR TENUES PINCELADAS LA VIDA QUE ESCONDE.
12 - 2016
MYRIAM BOUAGAL GALERIE - PARIS, FRANCE
05 - 2017
MYRIAM BOUAGAL GALERIE - PARIS, FRANCE
« Que reste-t-il de nos amours ?
Que reste-t-il de ces beaux jours ?
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse. »
Charles Trenet – Que reste-t-il de nos amours
Des regards souvent fiers mais parfois inquiets ou même absents
Des visages fragmentés, effacés et puis aussi griffés, tuméfiés, pour le moins fragiles…
Cette fragilité est-elle le révélateur- au sens clinique ou photographique- de l’emprise du temps sur tout pouvoir politique, sur les partis, les appareils, les slogans ? Par la même, signifie-t-elle la fragilité des hommes politiques, de leurs convictions, de leurs certitudes et de leurs rêves ?
Bien sur la vie éphémère des affiches électorales répète à qui veut la voir et l’entendre qu’en politique comme ailleurs, « le temps est un barbare dans le genre d’Attila »*.
Sur ces affiches encore, aucun nom, aucun slogan, les mots sont absents. Le sens de la gauche perdu. Le photographe se placerait en contre-propagandiste : les trous, le vide et les déchirements parlent d’eux-mêmes.
On nous parle de rassemblement, de réunification, de reconstruction. Le vaste chantier politique est à l’image de ces « photos terrains-vagues ».
Mais encore…
Les photographies présentées ici, toutes prises pendant la campagne des primaires de la « Belle Alliance Populaire » , témoignent certes d’un déchirement autant au sens propre que figuré.
Mais le photographe indique aussi par un parti pris esthétique assumé, que cette « déchirure » n’est pas que tragique. Elle est dans les faits l’expression désinvolte et subversive d’une poésie collective par principe anarchiste en même temps que démocratique. C’est la poésie de la rue , celle des passants frondeurs qui griffonnent, floutent et transforment le visage d’une gauche malade si ce n’est moribonde pour esquisser, imaginer, redessiner un nouveau sourire, un regard neuf…ceux de la gauche de demain.
Texte : Lucile de Calan
*Georges Brassens – Les lilas
12 - 2017
10 - 2015
FORUM DES HALLS - LOUVAIN-LA-NEUVE - BELGIQUE
11 - 2015
ARTE FAC - WOLLUWE - BELGIQUE
LES FAÇADES DES MAISONS DE PÉCHEURS DE PUERTO WILLIMAS, EN PATAGONIE CHILIENNE, VIENNENT REFLÉTER LES MONTAGNES DE LA TERRE DE FEU. C'EST UNE MISE EN ABYME D'UN VOYAGE IMAGINAIRE DES HABITANTS DE CES MAISONS LORSQU'ILS CONTEMPLENT LE PAYSAGE DE LEURS FENÊTRES.
A TRAVERS DES APLATS DE FAÇADES, L'ESPACE EST GÉOMÉTRISÉ ET MINIMALISTE, POUR NE GARDER QUE DES ÉLÉMENTS SIGNIFICATIFS ET FORTS DANS LA PHOTOGRAPHIE;
04 - 2016
JNDA 2016 - TOURNAI, BELGIQUE
04 - 2016
STUDIO CUI CUI / LE PERCHOIR - PARIS, FRANCE